PLFSS 2026 : austérité nationale, conséquences locales pour la Sarthe
Le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 illustre un choix politique qui, pour la CGT, pénalise une fois de plus l’hôpital public au profit d’un secteur privé lucratif sans obligations sociales ni sanitaires claires. Ce constat national résonne particulièrement fort dans des territoires comme la Sarthe, où l’accès aux soins est déjà fortement dégradé.
Un budget d’austérité qui frappe d’abord les services publics
Le PLFSS 2026 prévoit une progression de l’ONDAM (objectif national des dépenses de santé) d’environ +1,6 % en termes réels, loin de ce qui serait nécessaire pour absorber l’inflation, les revalorisations salariales ou encore le vieillissement de la population. Cette restriction budgétaire aggrave :
- les déficits chroniques des hôpitaux publics,
- l’endettement croissant,
- la fermeture de lits,
- la dégradation des conditions de travail des soignants.
Pour des établissements publics déjà sous tension, comme ceux de la Sarthe, ces déficits structurels ne sont pas un effet de « mauvaise gestion », mais le résultat d’un sous-financement persistant.
La Sarthe : un grave désert médical qui fragilise l’hôpital public
Dans la Sarthe, la crise d’accès aux soins dépasse la simple question hospitalière pour toucher tous les maillons du système de santé :
- Densité médicale très inférieure à la moyenne nationale : le département compte 20,67 médecins pour 10 000 habitants, contre 27,28 en moyenne en France. Cette offre médicale a reculé depuis 2014, et notamment pour les généralistes (de 7,07 à 5,48 pour 10 000 habitants).
- Désertification des spécialités : ophtalmologues, gynécologues et pédiatres sont extrêmement rares : respectivement 0,34 / 0,35 / 0,18 pour 10 000 habitants, des niveaux critiques qui compliquent l’accès à des soins essentiels.
- Accès géographique dégradé : pour certaines spécialités, plus de 55 % de la population résident dans des zones de désert médical selon les critères locaux.
- Refus massif des nouveaux patients : dans une enquête locale, 87 % des médecins généralistes contactés ne prennent plus de nouveaux patients, un indice fort du manque criant d’accès aux soins primaires.
Ces chiffres révèlent une fracture sanitaire réelle dans le département, avec des conséquences directes sur l’activité hospitalière : lorsqu’il n’y a pas assez de médecins libéraux disponibles, ce sont souvent les urgences et les services hospitaliers publics qui sont les derniers recours, générant saturation et épuisement des équipes.
Hôpitaux publics de la Sarthe : une offre indispensable mais sous pression
Le Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) de la Sarthe regroupe 6 établissements publics (dont Le Mans, La Ferté-Bernard, Saint-Calais, etc.), réunissant plus de 7 000 professionnels et un budget avoisinant 708 M€.
Ces hôpitaux assurent des missions fondamentales :
- permanence des soins,
- urgences,
- prise en charge des pathologies lourdes,
- formation des futurs soignants…
Cependant, le maintien de ces missions est menacé lorsque les hospitalisations liées à l’absence de médecins traitants augmentent (nombre de patients sans médecin référent, attentes plus longues, recours aux urgences), alors que l’hôpital doit déjà faire face à des contraintes budgétaires et humaines.
Les chiffres du GHT montrent une activité importante : par exemple, le Centre Hospitalier du Mans a accueilli près de 169 000 patients en 2024, démontrant l’importance sociale de l’offre publique locale.
Désert médical et hôpital : un cercle vicieux aggravé par le PLFSS
Le PLFSS 2026 n’apporte pas les moyens supplémentaires attendus pour :
- renforcer l’attractivité des carrières hospitalières,
- augmenter l’offre de soins de proximité,
- soutenir les services publics plutôt que de renforcer un privé lucratif sans obligations sociales fortes.
Dans la Sarthe, où une part importante du territoire est déjà qualifiée de désert médical, un financement public insuffisant accentue :
- la surcharge des urgences,
- la pression sur les soignants,
- l’allongement des temps d’attente pour tous les soins,
- l’augmentation des inégalités d’accès à une santé de qualité.
Une crise concrète et mesurable
La crise du système de santé que pointe la CGT dans le cadre du PLFSS 2026 ne relève pas seulement d’un débat idéologique : elle est concrète et mesurable, notamment dans des départements comme la Sarthe. À l’heure où près d’un habitant sur deux peut vivre dans un territoire médicalement sous-doté, et où les hôpitaux publics assurent l’essentiel de l’accès aux soins, l’enjeu est de garantir non seulement des budgets, mais aussi une véritable stratégie de maintien et de développement des services publics de santé.
