Depuis plus de deux ans, la CGT alerte sur une réalité désormais impossible à nier : l’explosion des plans sociaux en France. Près de 500 plans recensés, plus de 100 000 emplois supprimés ou menacés. Derrière ces chiffres, une constante apparaît : les licenciements se multiplient pendant que les entreprises continuent de percevoir des aides publiques et de préserver leurs profits.
Ce système n’est pas une dérive. C’est un choix politique.
Des milliards d’euros d’aides sans contrôle réel
Chaque année, l’État verse des centaines de milliards d’euros aux entreprises sous forme d’exonérations de cotisations sociales, de crédits d’impôt et de subventions directes. Officiellement, ces aides doivent soutenir l’emploi et l’industrie. Dans la réalité, aucune condition sérieuse n’empêche une entreprise aidée de licencier, de fermer un site ou de délocaliser.
Les aides publiques deviennent ainsi un outil d’accompagnement des restructurations, tandis que les profits restent privés et que les pertes sociales sont collectivisées.
Michelin : un remboursement arraché par l’action sociale et politique
Le cas de Michelin est révélateur. Le groupe vient de rembourser 4,3 millions d’euros d’aides publiques à l’État. Ce remboursement n’est ni spontané ni anodin. Il est le résultat d’une intervention politique déterminée, notamment celle de Fabien Gay, sénateur communiste, qui s’est mobilisé pour exiger que l’argent public versé à Michelin soit restitué lorsque l’entreprise ne respectait pas ses engagements en matière d’emploi.
Ce remboursement constitue un précédent important. Il démontre que lorsque la pression politique et sociale s’exerce, les entreprises peuvent être contraintes de rendre des comptes. Mais il révèle aussi les limites du système actuel : sans mobilisation, sans rapport de force, les aides publiques continuent d’alimenter des stratégies de licenciements.
Pour la CGT, cette affaire est un aveu : l’argent public peut être donné sans garanties, puis récupéré partiellement, sans que les suppressions d’emplois soient empêchées. L’emploi reste la variable d’ajustement.
En Sarthe, les salarié·es paient la facture
Cette logique nationale a des conséquences très concrètes dans notre département.
À La Suze-sur-Sarthe, le site Valéo est fermé, avec plus de 300 emplois supprimés, sans compter tous les emplois indirects qui gravitaient autour du site. Malgré les aides publiques massives accordées à la filière automobile, la fermeture a eu lieu. L’argent public n’a ni protégé les salarié·es, ni garanti l’avenir industriel du territoire.
À Allonnes, chez NTN, 127 emplois sont aujourd’hui menacés. Là encore, les restructurations avancent, sans véritables engagements sur le maintien de l’activité, alors que le groupe a bénéficié de soutiens publics.
La question est simple et demeure sans réponse : à quoi servent les aides publiques si elles n’empêchent ni les licenciements ni les fermetures de sites ?
Profits préservés, emploi sacrifié
Pendant que des salarié·es perdent leur emploi, les groupes continuent de sécuriser leurs marges, leurs dividendes et leurs stratégies financières. Les efforts sont toujours demandés aux travailleur·ses et aux territoires.
C’est une double peine :
- les salarié·es financent les aides publiques par leurs impôts et cotisations,
- puis ils subissent licenciements, fermetures et précarité.
Les profits sont privatisés, les conséquences sociales collectivisées.
Imposer des règles, reprendre le contrôle
La CGT revendique un changement radical de logique :
- aucune aide publique sans contreparties strictes et vérifiables sur l’emploi, les salaires et l’investissement,
- remboursement automatique et intégral des aides en cas de licenciements ou de fermeture de site,
- interdiction des licenciements dans les entreprises qui réalisent des profits ou versent des dividendes,
- droits renforcés des salarié·es et de leurs représentant·es dans les choix stratégiques.
Des victoires sont possibles lorsque la mobilisation syndicale et l’intervention politique se rejoignent. Mais une chose est claire : sans règles contraignantes, les aides publiques continueront d’alimenter la casse de l’emploi.
En Sarthe, la CGT continuera de se battre pour que l’argent public serve l’intérêt général, l’emploi et l’industrie et non les logiques financières à court terme.
