Alors que des millions de Français prennent la route des vacances, cette période estivale rappelle aussi une autre réalité, beaucoup moins mise en avant. Pour des millions de familles, partir en vacances reste un luxe inaccessible.
Chaque été, des salariés, des retraités, des privés d’emploi, des familles monoparentales ou encore des jeunes renoncent à quelques jours de repos faute de moyens. Certains réduisent leurs dépenses alimentaires pour offrir quelques activités à leurs enfants. D’autres restent chez eux parce que le budget ne permet tout simplement pas de partir.
Le droit aux vacances, conquis par les luttes sociales avec les congés payés, est aujourd’hui profondément remis en cause par l’aggravation des inégalités et la perte de pouvoir d’achat. Derrière les cartes postales et les départs sur les autoroutes, une partie grandissante de la population est contrainte de rester à quai.
Les chiffres publiés par l’Insee sur les revenus de 2024 viennent malheureusement confirmer cette réalité. Près de 10 millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, tandis que les inégalités atteignent un niveau jamais observé depuis près de trente ans.
Ces données viennent contredire le discours gouvernemental qui met en avant la baisse du chômage, le dynamisme de l’emploi ou encore la hausse des salaires. Oui, les revenus du travail ont progressé en 2024. Oui, plusieurs prestations sociales ont été revalorisées. Mais cela n’a pas suffi à faire reculer la pauvreté.
Au contraire.
Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté atteint désormais 9,8 millions, un niveau inédit depuis que l’Insee mesure cet indicateur. Et ce chiffre ne prend en compte que les personnes vivant dans un logement ordinaire en France métropolitaine. En intégrant les personnes sans domicile, celles vivant dans les outre-mer ou en établissements collectifs, les estimations dépasseraient désormais 12 millions de personnes.
Une amélioration… qui profite davantage aux plus riches
L’année 2024 aurait pourtant pu être celle d’un véritable rattrapage après les années de forte inflation.
Les salaires ont enfin commencé à retrouver un peu de pouvoir d’achat. Les retraites ont été revalorisées. Plusieurs prestations sociales ont également été augmentées.
Mais dans le même temps, les plus aisés ont bénéficié d’une progression encore plus importante de leurs revenus.
Les dividendes distribués ont bondi de 32 %. Les revenus financiers, les placements et le patrimoine ont continué à produire des gains considérables.
Résultat : les salariés modestes ont vu leur situation s’améliorer… mais beaucoup moins vite que celle des détenteurs de capitaux.
L’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, franchit ainsi un niveau jamais atteint depuis trente ans.
Autrement dit, la richesse créée dans notre pays continue d’être captée par une minorité.
Le travail ne protège plus de la précarité
Cette étude confirme également une réalité que les militantes et militants de la CGT constatent chaque jour dans les entreprises et les services publics.
Aujourd’hui, avoir un emploi ne garantit plus de vivre dignement.
Les faibles rémunérations, les contrats précaires, les temps partiels imposés, le développement de l’autoentrepreneuriat subi, l’augmentation du coût du logement, de l’énergie ou encore de l’alimentation fragilisent des millions de travailleurs.
Dans de nombreux secteurs, des salariés sont contraints de renoncer à certains soins, de limiter leurs déplacements ou de solliciter une aide alimentaire alors même qu’ils travaillent.
Cette situation n’est pas une fatalité.
Elle est la conséquence d’un partage des richesses de plus en plus déséquilibré.
La protection sociale reste le meilleur rempart
Les chiffres de l’Insee rappellent également une réalité que certains voudraient faire oublier : sans la Sécurité sociale et les mécanismes de redistribution, la pauvreté serait bien plus importante.
Retraites, allocations familiales, APL, RSA, prime d’activité ou allocation adulte handicapé permettent chaque année à des millions de personnes d’éviter une précarité encore plus profonde.
Ces droits ne sont pas des privilèges.
Ils sont le fruit des luttes sociales et du financement collectif assuré par le travail.
À l’heure où certains réclament une nouvelle réduction des dépenses publiques ou une remise en cause des protections sociales, les chiffres démontrent au contraire qu’il faut renforcer ces solidarités.
Les choix politiques sont en cause
Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs ont multiplié les cadeaux fiscaux aux plus fortunés et aux grandes entreprises : suppression de l’ISF, flat tax sur les revenus du capital, exonérations massives de cotisations sociales, aides publiques sans véritable contrepartie.
Dans le même temps, les salariés ont subi les réformes de l’assurance chômage, le recul de l’âge de départ à la retraite, la dégradation des services publics et une perte durable de pouvoir d’achat.
Les chiffres publiés aujourd’hui montrent que ces politiques creusent les écarts au lieu de les réduire.
Lorsque les revenus du capital progressent beaucoup plus vite que les salaires, les inégalités deviennent mécaniquement plus importantes.
Une autre répartition des richesses est possible
La France ne manque pas de richesses.
Elle souffre d’un partage profondément inégal de celles-ci.
Pour la CGT, d’autres choix sont possibles et nécessaires : augmenter les salaires, revaloriser immédiatement le SMIC, ouvrir de véritables négociations salariales dans toutes les branches, conditionner les aides publiques aux entreprises, mettre davantage à contribution les revenus financiers, renforcer les services publics et développer la Sécurité sociale.
Les richesses sont créées par le travail.
Il est donc légitime que celles et ceux qui les produisent puissent vivre dignement de leur salaire, de leur retraite ou de leur protection sociale.
Les chiffres de l’Insee ne sont pas une simple photographie statistique.
Ils racontent le quotidien de millions de personnes qui travaillent, cherchent un emploi ou vivent de leur retraite, mais qui peinent à boucler leurs fins de mois. Ils montrent surtout qu’il est urgent de remettre la question du partage des richesses au cœur du débat public.
Car une société où les dividendes explosent pendant que la pauvreté atteint un niveau record n’est pas une société qui manque de moyens.
C’est une société qui fait le choix de concentrer toujours davantage les richesses entre les mains d’une minorité.
Pour la CGT, il est temps de changer de cap. Le travail doit permettre de vivre dignement, de se loger, de se soigner, d’élever ses enfants… mais aussi de partir en vacances. Les congés payés sont une conquête sociale majeure. Ils ne doivent pas devenir un privilège réservé à celles et ceux qui en ont les moyens.
Sources : Insee, Insee Première n°2117 – Niveau de vie et pauvreté en 2024 (juillet 2026) ; enquête Revenus fiscaux et sociaux 2024 ; données et indicateurs de pauvreté et de niveau de vie 1996-2024.
