1995 – 2025 : du Mans à demain, la même force collective pour refuser l’austérité
Il y a trente ans, presque jour pour jour, la Sarthe se levait avec une force qu’on n’avait plus vue depuis Mai 68.
L’hiver 1995 restera pour beaucoup comme celui où le plan Juppé tenta d’imposer l’allongement du temps de cotisation, la mise sous tutelle de la Sécurité sociale, l’attaque frontale contre les retraites et le démantèlement du service public. Cet hiver-là, la France s’arrêta. Et ici, en Sarthe, la colère se transforma en dignité collective.
Le 13 décembre de cette année-là, Ouest-France titrait d’ailleurs :
« Nouveau record : plus de 35000 manifestants au Mans ». Et le journaliste de poursuivre : « On a déjà dit des précédentes manifestations qu’elles étaient historiques. Que dire de celle-ci, sinon qu’à l’échelle du Mans, elle a été monumentale. »
Ce n’était pas seulement un chiffre, c’était un souffle. Un souffle de cheminot·es, de postier·es, d’ouvrier·es, d’agents publics, d’étudiant·es, de retraité·es, un peuple debout rappelant que les droits conquis ne sont pas un décor, mais un pilier de civilisation.
Au Mans paralysé par la grève reconductible, personne ne se plaignait de marcher dans les rues. On avançait ensemble, en débattant, en tenant les occupations, en inventant la suite.
Les quais et les voies de la gare du Mans devenaient forum permanent et cantine solidaire, la Recette Principale de La Poste place du 8 mai, un bastion, les entreprises et les services publics des lieux d’assemblée démocratique. Cette organisation collective, ce « tous ensemble » vécu pleinement, fit reculer le gouvernement.
Le retrait du volet retraite fut une victoire immense, politique et morale. 1995 resta comme l’année où la solidarité l’emporta sur l’individualisme, où la confiance dans la lutte se régénéra, où des milliers de femmes et d’hommes sentirent dans leur chair ce que signifie être unis.
Mais cette histoire ne s’est jamais figée dans les archives. Elle a nourri une mémoire vivante.
On l’a retrouvée en 2010, en 2019, et plus récemment en 2023, lorsque des millions de travailleuses et travailleurs ont dit non à un nouveau recul social.
En Sarthe comme ailleurs, la mobilisation contre la réforme des retraites fut immense, digne, déterminée. Elle démontra encore une fois que la résignation n’est jamais une fatalité lorsque la justice sociale est en jeu.
Comme en 1995, les cortèges portaient à la fois la colère et l’espérance, la créativité, le refus de l’isolement, la certitude que d’autres choix sont possibles.
À chaque fois que l’austérité s’avance comme horizon unique, les travailleuses, les travailleurs, les retraités, les jeunes de ce pays démontrent qu’ils savent se lever, débattre, construire l’action et porter l’alternative.
Et aujourd’hui encore, en 2025, l’histoire se répète. Nous voyons nos hôpitaux asphyxiés, nos écoles appauvries, nos transports abandonnés. Nous voyons les salaires rester bloqués tandis que les prix flambent. Nous voyons les pensions rongées par l’inflation, tandis que les profits privés atteignent des sommets indécents.
Le discours dominant voudrait nous imposer l’idée qu’il n’y a « pas d’autre choix » que l’austérité. Mais nous savons, nous, que le choix existe et qu’il est social, démocratique, et profondément juste.
C’est pour cela que la journée du 2 décembre 2025 n’est ni un geste isolé, ni une parenthèse.
Elle s’inscrit dans une continuité : celle de 1995, de 2023, de toutes les luttes qui refusent que nos vies soient gérées comme des comptes d’exploitation.
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Le 2 décembre, nous étions en grève et dans la rue pour exiger :
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L’augmentation des salaires, des pensions, des minima sociaux,
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La défense et le développement des services publics,
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L’abrogation de la réforme des retraites et le retour au droit à partir à 60 ans,
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La fin des budgets d’austérités, qui sacrifient nos vies au profits d’une minorité.
Nous ne marchons pas par nostalgie. Nous marchons dans la continuité.
En 1995, nous avons gagné.
En 2023, nous avons tenu.
En 2025, nous continuerons.
Nos vies valent plus que leurs profits.
Et tant qu’il y aura des injustices, il y aura des luttes.
Debout, ensemble, comme hier et pour demain.
